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 Igaesia ou le monde des rêves

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Sylphea
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MessageSujet: Igaesia ou le monde des rêves   Jeu 20 Sep - 22:24

Alors c'est un roman que j'ai commencé il y a... 2 ou 3 ans, ce serait juste pour avoir des avis histoire de m'aider à mieux le construire ou éventuellement pour me motiver à le poursuivre. Je l'ai réalisé en dédicace à une amie qui aimait le monde des rêves. Voici le premier chapitre, n'hésitez pas je suis ouverte à toute remarque.

Igaesia
Et si tout était songe…
Où serait la réalité ?
Que deviendraient les projets ?
Pourraient-ils apprendre la nage ?



Chapitre 1 L’éveil.

Spoiler:
 

Chapitre 2 : Une découverte surprenante

Spoiler:
 


Chapitre 3 : ( alors là j'ai de nom... XD J'y réfléchirai !)

Spoiler:
 


Dernière édition par Sylphea le Mer 5 Déc - 0:38, édité 11 fois
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Lino
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Sam 22 Sep - 14:05

J'adore le principe de l'histoire !! Je vote pour avoir la suite \O/
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Sylphea
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Sam 22 Sep - 21:03

Merci >w< ! Je posterai la suite alors ! =D As-tu des attaches pour un personnage en particulier, des choses que tu soupçonnes? Des choses qui mériteraient d'être plus expliquées ? Ou des choses qui ont retenu ton attention *.*? Non c'est juste que c'est la première fois que je le fais lire alors je suis trop contente !!
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Mar 2 Oct - 20:10

Je veux la suite \o/. Je comprends pas bien tout le bordel à la fin x), mais en même temps c'est normal :p si tu mets toute l'histoire dans le chap 1 c'est nul :p. Il y a des phrases que j'adore trop *o* "La pluie avait quelque chose de symbolique, tant que le ciel se vidait les gens étaient heureux comme si ces larmes furent les leurs et les purgeaient d’une certaine manière. " ça m'a donné une idée de dessin <3.
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Ven 5 Oct - 19:17

Si cela t'inspire un dessin tant mieux >o<. Oui, j'ai voulu montrer la vision du héros sur son monde par des petites descriptions passagères. Après je ne réussis pas toujours >.<.

Actualisation : chapitre 2.
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Sam 20 Oct - 18:53

C'est vraiment sympa l'importance de la pluie dans ce roman. grandyeux Vivement la suite ! encouragement
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Sylphea
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Mer 21 Nov - 12:34

Désolée pour l'attente, voici la suite qui commence à placer les éléments de l'intrigue. Je préviens c'est peut-être un peu peu flou. Comme je le signale à nouveau, je n'ai pas terminé cette histoire et je la travaille actuellement. Toutes vos remarques sont les bienvenues. Pour tes remarques Lino, va falloir que je vois ça. Là dans deux chapitres, les héros vont quitter la fac et ouais le conflit grandit =p.

Actualisation chapitre 3 (qui n'a pas de titre mais bon ça va se trouver XD)
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Sylphea
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MessageSujet: Re: Igaesia ou le monde des rêves   Mer 5 Déc - 0:02

Chapitre 3 suite :

Il lui prit l'envie de l’injurier, de le houspiller. Arthur ne bougea pas d’un pouce. L’exaspération monta tant que Favel lui écrasa le pied. Le pauvre diable se mit à sauter sur place, mais alors qu’il le croyait à présent inoffensif et s’apprêtait à passer, Arthur se jeta sur lui. Ils roulèrent sur les planches de bois qui menaient à l’escalier du bâtiment d’histoire. Les pointes qui maintenaient le pont piquaient le dos de deux lutteurs.
- Mais ! Lâche-moi ! Qu’est ce qui te prend ? demanda Favel.
Arthur répéta la même rengaine qui finissait par devenir lancinante. Plus Favel tentait de reprendre le contrôle et plus Arthur le forçait à rester contre lui et à rouler près du bord. Il n’était plus question d’aller en cours ou non, il était question de se débarrasser de cette sangsue plus costaude que lui ! Ils formaient à eux deux un tonneau, qui tantôt chavirait à droite ou à gauche, sans jamais arrêtait sa course. Soudain Favel sentit le vide se former derrière son dos. Ils n’étaient qu’à un cheveu de tomber dans le vide !
Ce qui devait advenir, advint… Ils basculèrent ensemble. Arthur voulut agripper le pont et réussit tandis que Favel n’était pas parvenu à retenir quoi que ce soit. Tout alla très vite… La chute laissait à Favel le loisir de profiter de la vue pendant 20 mètres. « Désolé Quilys, je n’ai pas été à la hauteur… Aurais-je déjà atteint la terre, je ne vois plus que du vert ? » Il regarda sur quoi il était atterri. Il se dressa, puis posant genou à terre, il vit qu’il était toujours dans une drôle de position. Une feuille géante, qu’une femme semblait contrôler, le maintenait au dessus du vide. Altéré, il jeta un regard derrière lui, Arthur avait disparu. Il n’allait pas tarder à faire la connaissance d’Aristine, une Igaesienne de la nature.

Chapitre 4 : Bienvenue chez toi !

La feuille toucha terre, se rétrécit jusqu’à devenir poussière puis revint dans la main de celle qui l’avait jetée. Cette dernière pressa Favel de se rendre au bâtiment le plus proche. Des murs de briques peintes en bleue, un toit aussi blanc que pouvait être l’ivoire, ce lieu ne pouvait être que le bâtiment de la psychologie. La porte poussée, l’inconnue délivra son nom, puis proposa à Favel d’aller boire un verre à la cafétaria. Ses mains remettaient lentement ses longs cheveux bruns derrière ses oreilles, elle était de nouveau calme.
- C’est-à-dire que j’ai cours normalement… disait Favel d’un ton faussement motivé.
Elle regarda les horaires indiqués sur les panneaux du couloir.
- Moi aussi, j’ai cours… Psychologie appliquée si tu veux savoir… Comment tu t’appelles ?
- Pourquoi me demandes-tu mon nom ?
Elle arqua son dos pour se décrisper, mit ses mains derrière sa tête comme pour se créer un transat imaginaire.
- Tu préfères que je t’appelle l’Igaesien naïf, peut-être… suggéra t-elle le dos tourné.
- Tu te moques, mais tu ne me regardes même pas…
- Après ce que tu m’as obligé à faire… j’ai des doutes… émit-elle songeuse.
Des clochettes suspendues à la collerette de sa chemise bougeaient dans un son assez mélodieux. Elle était étrange, Favel aurait même tendance à faire plus confiance à Arthur qu’à cette fille sortie de nulle part. Elle parcourait les affichages, comme si elle les voyait pour la première fois. « Elle ne connaît pas la fac… » Elle sortit un téléphone de sa poche et contacta un ami qui vint à la seconde, lui aussi apparut d’on ne se savait où.
« Voilà que le pays de fous me poursuit jusqu’ici… ». Un homme d’une trentaine d’années les cheveux déjà blanchis le regardait de ses yeux gris. « Aucune envie de rester ici… ». Il profita d’un instant où le regard de glace de l’homme ne le pétrifiait pas pour s’enfuir. Un appel heurta à peine son ouïe qui s’absentait déjà, trop apeurée par tous les événements, qui étaient survenus. Favel réalisa l’exploit qu’il réitérait dans sa résidence, il grimpa les escaliers, parcourut l’infrastructure de bois sans rencontrer de problèmes.
Il croisa des étudiants qui parlaient de sujets divers ; tout cela n’avait rien à voir avec ce qu’il venait de vivre. Ce secours inespéré d’où venait-il et cette femme pourquoi l’avait-elle sauvé si cet acte lui créait tant de difficultés ? « Du calme ! Tout cela se résoudra ce soir, je demanderai à Dazir et… »
- Pardon monsieur, s’il vous plaît.
C’était bien la première fois que l’on appelait Favel monsieur, il laissa cette vapeur douceâtre se répandre dans l’air, puis adressa à l’homme un regard plus confiant, que celui qui transparaissait, il y avait quelques secondes. Cet homme voulait savoir où se situait le bâtiment des sociologues, il avait été transféré d’une autre école et était un peu perdu.
- Je t’aurais bien accompagné, mais je suis déjà bien en retard… C’est un bâtiment presque collé à la psychologie et juxtaposé au mien, celui d’histoire. Tu le reconnaîtras facilement, ses murs sont d’un blanc immaculé et son toit est fait de verre… Crois-moi une fois je suis allé dans leur plus grand amphi, il est très agréable… On croit sentir le monde couler entre ses doigts… Et… et puis qu’est-ce que je fais moi ! Il faut que je te laisse !
- Merci monsieur, peut-être aurions nous à nouveau le plaisir de nous côtoyer.
- Peut-être qui sait… Ah oui, j’oubliais, descends les escaliers, c’est juste en contrebas. Fais gaffe, avec la pluie je connais des mecs qui ont déjà glissé … répondit Favel en roulant ses yeux… une fois, oui rien qu’une fois.
Favel n’avait encore rien vu, l’individu leva son bras puis plia son coude tout en le ramenant vers lui. Cela ressemblait vaguement à une courbette… « Même à la fin de sa vie, tout ne pourra être vécu… Jamais vu ça…». L’historien de deuxième année lui répondit par un salut des plus simples, puis ils se séparèrent. L’étudiant de sociologie descendit les marches, puis longea une petite cour où étaient regroupés différents bâtiments d’enseignements divers, bien différents de celui d’histoire. Chaque maison avait son blason, son apparence, son identité en quelque sorte. Chaque fin de semestre, tout le monde se réunissait pour des activités collectives organisées par le comité des étudiants. C’était un comité, dont Uthiel était un membre fervent, il n’aurait raté aucune réunion, quitte à sécher les cours.
Parfois, il avait tenté de convaincre Favel d’adhérer à une association, mais ce dernier lui souriait, puis répondait :  « pas trop mon genre, mais j’te soutiens. » Favel y repensait, tandis qu’il montait les dernières marches puis tournait à la droite. Pour la première fois, il allait arriver plus en retard qu’Uthiel. Que n’aurait-il donné pour que Tanith soit là pour l’épauler ? Avec elle, il ne sentait plus aucune angoisse l’envahir. Invincible, inviolable à tous ces regards curieux qui ne lui demanderaient rien. Beaucoup connaissaient la prétention amusante de Tanith à se mettre en valeur derrière un air sauvageon et humble. Elle n’était pas très populaire, mais en revanche elle n’en restait pas moins connue de tout le groupe d’histoire. Au dernier cours auquel Favel l’avait forcée d’assister, elle avait été sage jusqu’à la dernière minute. Lorsque l’aiguille avait frappé son autre congénère, le tigre en Tanith s’était réveillé et lui avait fait dire « Maintenant chéri, tu me dois un café. »
D’un côté… moins de personne se souviendrait du petit retardataire de trente-cinq minutes voire de quarante-cinq… Encore heureux, c’était un cours de deux heures ! Il réussit à faire grincer sa chaise, confus il ramassa ses affaires et écouta dix minutes le cours. A la pause, il songea « mais si je vais voir Fatime, je dois aller dans le bâtiment de psychologie… Je vais en parler à Utiel, mais bon Fatime je ne l’avais pas vue depuis longtemps. Cela aurait pu être un bon motif. » Il prit appui sur sa paume tout en regardant ce qui se passait par la fenêtre. Une voix l’aborda, qu’il reconnut comme étant celle d’Uthiel.
- Qu’est ce qui travaille le petit Fav’ ? Un petit massage de crâne, vieux ? Histoire de remettre tes idées en place, dit Uthiel en se balançant comme s’il imitait une danse.
D’habitude voir son meilleur ami faire le fou lui redonnait le moral, mais aujourd’hui ce n’était pas pareil… Il s’était fait attaquer violemment par Arthur, il avait senti venir le vent froid de la faucheuse… Il aurait pu se retrouver dans la cour aplati comme une galette. S’il resurgissait inopinément l’air innocent, il aurait les foudres de Favel. «  J’ai failli mourir et lui il s’est tiré… pour ne pas être sur place… c’est un accident sûrement, mais pourquoi voulait-il m’empêcher d’aller en cours ? » Et Aristine qui était-elle dans toute cette histoire ? Il ne savait plus à qui se fier. Cette histoire prenait de l’ampleur, trop d’ampleur même. Il allait en parler à Uthiel et à Tanith, mais d’abord à Uthiel vu qu’il était là autant le prendre à chaud.
Arthur m’a attaqué tout à l’heure, murmurait Favel.
Le cours ayant repris, il ne voulait pas perturber les ordres des Templiers, dont l’histoire était décrite dans toute son épique latitude. Toutes les guerres étaient tracées au peigne fin. Uthiel se pencha vers lui pour comprendre ses soucis, une fois qu’il sut pour l’accident, il ne répondit rien.
- Que penses-tu de cette attitude bizarre ?
- Je ne sais pas quoi te dire, si ce n’est que le gouvernement nous a envoyé un émissaire pour nous parler de ces hommes, tu sais, ceux que certains dessinent comme des sous-humains, répondit Uthiel de manière rapide. Et Arthur est revenu entre temps, il a été choisi pour guider ces personnes dans la faculté.
- Ils vont donc faire une intervention dans chaque cours...
- Hé attends, faut bien qu’ils s’occupent, rit Uthiel.
Et si Arthur était l’un de ces détracteurs qui chassait les doxiens ? Il aurait pu être au courant, que j’étais un doxien avec l’incident de la bibliothèque… « Pourquoi avait-il à ce point voulu être avec moi ? » Il ne m’adressait presque jamais la parole d’ordinaire… étrange… Le professeur craqua une de ses craies contre le tableau et s’énerva contre un matériel déplorable. Tout y passa de la faculté jusqu’aux chasseurs de baleines. « En voilà un qui est bien engagé, ça fait plaisir. »

En milieu de cours, Favel regardait le tableau, mais ce n’était pas l’écriture un peu de travers qui avait attiré son attention. Il se demandait si tout se passait bien à Igaesia. Il aurait voulu s’excuser auprès de sa sramp, lui montrer un autre lui-même : quelqu’un de calme, de sage, de pondéré… Impossible. Si déjà, il pouvait éviter de la faire se hérisser devant une de ses bêtises, ce serait déjà une belle avancée. Il se mit à écrire son cours de façon synthétique, d’un style très résumé. Il avait presque écrit des évidences, tellement son condensé était restreint. La copie d’Uthiel était bien organisée, alors inutile de se prendre la tête, il lui ferait les yeux de cocker et lui demanderait son cours. Voyant l’attention que portait Favel à ses notes, Uthiel sourit :
- Essaie quand même d’être attentif, Favel, c’est intéressant quand on écoute.
La conscience aidant, il prêta dix minutes d’attention, puis observa par la fenêtre. Le pont était quand même élevé, depuis le bâtiment d’histoire on pouvait apercevoir un long escalier de grès débouchant sur une cour dont la majeure partie était recouverte de sable. Elle était parfois utilisée pour jouer à la pétanque, lors des soirées à thèmes Uthiel et d’autres s’étaient déguisés en grands pères et avaient organisé une grande partie de boules. Favel se souvenait que son ami avait eu des courbatures à toujours être replié avec son gros coussin dans le dos. Il trouvait qu’Uthiel avait d’ailleurs davantage l’air d’un bossu que d’un grand-père. C’était lors de leur première année à l’université. Ils s’étaient rencontrés au buffet, Uthiel en était responsable d’où son mal de dos accru. « Au moins, il était devenu vraiment son personnage » pensa Favel avec une certaine ironie.
- Oh ! Mais, c’est déjà la fin du cours, comme le temps passe rapidement ! s’exclama le professeur.
« A qui le dis-tu ?... Je regardais ma montre chaque seconde depuis un quart d’heure ».
- Vous n’oublierez pas de lire le livre d’Hémane le superbe pour votre examen, il vous aidera à mieux comprendre le cours magistral que je dirige avec mon collègue.
Ce professeur adorait les polycopiés, du coup chacun eut droit à un morceau de papier indiquant des lectures conseillées et au cas où, nous serions tous amnésiques il avait souligné l’ouvrage dans la liste proposée. Favel plia en deux la feuille puis la rangea dans la mention « divers » de son trieur. A la sortie, il attendit Uthiel qui avait rencontré une fille de son groupe. Ils discutaient des projets de leur association. Favel, lui, attendait, regardait en l’air, marchait un peu… un peu agacé, il invita Uthiel à se presser dans cette discussion très professionnelle. A certains moments, il avait cru entendre le mot « cinéma », « semaine prochaine ». « Sacré Uthiel, il a toujours eu le don d’harmoniser ses relations, il fallait bien que cela arrive… Mais, il ne m’en a pas parlé… J’aurais aimé comprendre avant tout le monde, au lieu de cela je me sens idiot ».
Ils firent un bout de chemin ensemble en passant par la fourche des trois sapins, comme ils l’avaient dénommée. Ensuite, ils longèrent des vitrines quand la révélation se fit :
-Zut, j’ai oublié d’acheter mon sac !

Sitôt dit, sitôt exaucé. Sur les conseils dubitatifs d’Uthiel il se choisit un sac avec un crocodile noir sur fond bleu marine. Négligeant les roulettes, il le prit classique. A chaque fois qu’il demandait l’avis de son ami, ce dernier disait une remarque qu’il contredisait quelque temps plus tard. Pour s’excuser, il disait qu’il pesait le pour et le contre. Du coup, Favel écoutait ses arguments pour acheter une « merveille », finalement il se contenta du premier produit qu’il avait vu. Il utilisa immédiatement son achat à la sortie de la boutique, tant qu’ils étaient à l’abri. Il sortit ses cahiers et les plaça dans son nouveau sac. Comme chaque journée, la pluie tombait abondamment.
- Pourquoi tu n’attends pas d’être chez toi ?
- Trop impatient de voir comment il fait, dit Favel.
Observant la bourrasque qui se déchaînait, Uthiel devina que l’ancien sac de Favel n’était pas très étanche et que c’était la raison qui le poussait toujours à le cacher sous son manteau.
- Alors, on y va ! Allez viens, je t’invite chez moi, suis-moi, enfin tu connais le chemin ! proposa Uthiel.
- Désolé, ce soir je dois travailler mon exposé, sinon je crois qu’Arthur va vraiment me tuer et cette fois pour une raison, plaisanta Favel.
- Ah, bon ben salut alors rentre vite, l’orage gronde déjà, conseilla Uthiel qui déjà lui serrait la main. Il tourna les talons et partit. 
Favel ne vit qu’une cape traverser le voile opaque que formaient les gouttes, lorsqu’il ne vit plus la silhouette, il sortit en prenant davantage son temps. Il réfléchissait tout en maintenant une marche assez rythmée, il n’avait cependant pas l’humeur de caracoler au risque de glisser. Même s’il avait le pas sûr, à Igaesia ce temps ne lui était pas familier, c’était comme s’il conservait un peu de son monde sur son front, comme un souvenir.

Il suspendit ses affaires à un porte manteau à l’entrée, se recoiffa devant sa glace. Le premier réflexe fut de changer ses vêtements, il opta pour des habits, qu’il n’avait pas coutume de mettre. Au moins, mal s’habiller le dissuaderait de sortir et lui éviterait de faire une machine ce soir. Les heures s’effilaient au fur à mesure que les copies s’enchaînaient. La motivation se lisait dans les yeux de Favel, qui n’avait qu’une ambition : retrouver Igaseia. Sa partie du travail achevée, il s’engagea pour un nouveau combat… dans les affres du sommeil il atteignit de nouveau Igaesia.

Il se réveilla dans le foin de l’écurie au pied d’un cheval.
- Cela te plaît, c’est la dernière acquisition de Dazir ! Reeve, il se prénomme Reeve, il a tout juste trois ans.
Favel visualisa les sabots qui ne cessaient de s’agiter et fut assez rapide pour s’éclipser. Alors que sur le dos de Reeve, Quilys riait encore de sa blague. Favel arriva haletant chez Dazir, ce dernier était encore dans ses carottes. Sans même se retourner, il devina que le doxien était revenu et qu’il avait reçu un accueil singulier.
- Si elle te taquine, c’est bon signe ! encouragea t-il.
- J’aurais pu me blesser ! répliqua Favel ébahi.
- Je ne t’aurais pas laissé sans soin, garnement !
Favel n’osa pas le reprendre sur le nouveau surnom que Dazir lui décernait. Il avait peut-être un peu dépassé les bornes la dernière fois qu’il était venu. Il prit place aux côtés de Dazir et éplucha les carottes. Les mains de Dazir étaient recouvertes de sable d’où provenaient sans doute les légumes. Favel n’avait jamais vu son potager, mais il imaginait des plates-bandes de pousses de carottes attendant d’être cueillies. Dazir avait recouvert ses mains d’un morceau de tissu presque usagé, qui lui couvrait le poignet et le faisait ressembler à un agriculteur acharné. La besogne ne paraissait pas l’effrayer, il avait même réussi à briser la monotonie.
- Tu prépares toujours des carottes ?
- Non, seulement lorsqu’il y a des invités, répondit-il.
«  J’y crois pas, lui aussi se venge… »

Les légumes, une fois leurs enveloppes ôtées, furent jetés dans une marmite, où Dazir tailla des herbes qu’il mêla au reste de la décoction d’une main experte. Puis, il tapa dans le dos de Favel.
- Allume le feu ! ordonna t-il.
Le caractère paisible de la pièce fut changé et se garnissait à présent d’une pointe de défi qui déplaisait fort à Favel.
- Tu sais, je ne contrôle pas bien ce pouvoir. Il serait sans doute plus judicieux de…
- D’accord, tu ne me laisses pas le choix !
Avant que Favel ait pu réagir, Dazir amena son couteau de cuisine vers sa gorge.
- Défends toi !
- Mais…
- Défends-toi ! Plus vite que cela ! hurla Dazir pour le pousser.
- Aaaaah, cria Favel.
Comme une graine en manque d’amour, la flamme de sa main droite mit du temps à s’activer, mais une fois prête il la lança à Dazir. Même tout près de lui, Dazir sut l’éviter. Elle était beaucoup trop fine.
- Comment veux-tu être digne de ton héritage avec si peu de volonté ! s’exclama Dazir.
Le deuxième essai fut plus concluant, Favel envoya une boule de feu plus volumineuse, qui projeta Dazir contre la banquette du fond de la salle. Rapidement Dazir, encore sonné, étouffa l’incendie avant qu’il ne se propage. Il appliqua des serviettes froides sur les dernières flammes survivantes avec l’aide de Favel, puis il le regarda avec fierté.
C’était un joli coup, Igaesien, disait-il simplement.

Cette phrase eut la vertu d’apaiser Favel de certains doutes, il se sentait en sécurité. Dazir retira sa veste rapidement ce qui mit en valeur un torse bien entretenu. Jamais, Favel n’aurait pu deviner que sous cette veste aussi carrée se cachait une musculature élancée et aussi bien charpentée. Avait-il ou non des pouvoirs que cela ne changerait rien. Il était taillé pour la lutte. Les travaux aux champs avaient dû le fortifier et lui apporter cette silhouette aussi imposante. Dazir remarqua ce petit être qui l’observait, ses yeux se firent taquins. Il profita de cette inhibition pour soulever une table et la mettre près d’une étagère. Le meuble contenait des fioles de toutes les couleurs, néanmoins elles étaient majoritairement rouges, d’un rouge sang si fort que Favel crut qu’elles détenaient un pouvoir impressionnant. Il se renseigna auprès de leur créateur, qui lui expliqua leur nature. Elles pouvaient soigner n’importe quelle blessure qu’elle soit superficielle ou au contraire sérieuse.
- Les fioles plus virulentes sont protégées, tu ne crois quand même pas que je les mettrais comme ça, à la vue de tous ? se moqua Dazir.
- Tu ne fais pas que soigner, alors ! se réjouit Favel.
- Non, mais pour le moment tu n’en auras pas une goutte ! rétorqua Dazir en enfilant une chemise propre.
- Mais alors, à qui sont-elles destinées ? se demanda Favel.
Là-dessus Dazir se mit face à lui, plaça ses deux mains sur les épaules de Favel et en le fixant pour que ses paroles soient retenues, il lui répondit qu’il les donnerait à celui qui saurait le surprendre. Favel ne savait plus où se mettre, il se douta que ces mots allaient peser très lourds sur ces épaules.
L’émotion le rongeait lorsqu’il s’aperçut d’un détail qui fit bien rire Dazir. Il s’était accroupi sur un tabouret pour se mettre à sa hauteur. Favel prit part à sa blague et plaisanta sur leurs différences de taille. C’était vrai qu’en les regardant, on aurait pris l’un pour un géant l’autre pour un nain. Ce fut le premier délire qu’ils partagèrent ensemble.
La scramp revint de sa balade et les trouva assis à table en train de discuter. Elle pencha la tête sur le côté, visiblement surprise. Elle n’était cependant pas prête à prendre part à leur folle discussion qui débouchait sur l’intérêt de ne cuisiner qu’un seul plat. Dazir répondit :
- Je sais au moins comment le faire, sans aucun échec !
- Mais des carottes, c’est simple ! fit Favel l’air alarmé.
- C’est bien cela qui m’inquiète, à force d’être avec moi tu vas oublier la grande cuisine, dit-il en se mordant les lèvres.
Sa moustache se détendit jusqu’à une nouvelle boutade de Favel qui déclencha un nouveau sourire chez Dazir. Favel lui raconta toutes ses aventures à Gaïa, il voulait lui tracer sa vie comme si Dazir avait été présent. Il n’avait pas vu deux lunes jaunes briller dans l’obscurité, Quilys écouta chacun de ses récits avec un intérêt grandissant. Lorsqu’il parla qu’il soupçonnait Arthur d’être un détracteur, un bruit d’ailes troubla le silence. La scramp s’était sentie brusquée et avait voulu, ici, se manifester :
- Comment s’appelle-il ?
- Arthur Descouaf, dit il, en troisième année avec moi.
- Je n’ai jamais entendu parler de lui, méfie toi de lui ! Ces détracteurs sont fous ! explosa Quilys. J’ignore tout de votre monde, mais je sais ce que votre chef fait endurer aux nôtres. A plusieurs reprises, ils déferlent par vagues !
- Ils viennent ici ! s’étonna Favel.
Dazir caressa la tête de Quilys pour qu’elle se calme de nouveau.
- Ne t’enflamme pas si vite ma petite Qui, c’est bon de te revoir parmi nous cependant ! intervint Dazir. Mais, elle a raison. Ils arrivent fréquemment à passer la barrière de façon à avoir conscience de leurs gestes comme toi.
- Et les autres Gaïens ?
La scramp se redressa puis se rapprocha de Favel :
- C’est plutôt simple. Que ressentais-tu avant d’avoir tes pouvoirs ?
- Rien, je rêvais… Donc, les autres n’ont pas la même sensation bien sûr, mais quelle différence ?
Dazir prit la parole pour lui expliquer la différence entre un rêve et un séjour, entre l’inconscience et la conscience. « Les Gaïens ne sont que des rêveurs, alors que ceux qui sont conscients sont des acteurs et peuvent donc refaçonner notre monde et…le bouleverser ».
- Leurs cibles privilégiées sont les morpheus, sans eux les rêveurs deviendraient conscients et ne seraient plus que de simples visiteurs, des illusions.
Toutes ces données nouvelles heurtaient de nouveau Favel. Il ne voyait pas le problème de pouvoir modifier un univers, après qu’est ce qui était éternel dans Gaïa ? Pas grand-chose…
- Et alors ? se hasarda à dire Favel.
Il plissa ses yeux, tant il craignait de déchaîner une nouvelle catastrophe.
- Tout le monde deviendra mortel subitement, cela entraînera une vague de folie meurtrière. Mais cela ne s’arrêtera pas là… S’il n’y a plus de rêve, plus d’évasion, il n’y aura plus de repos pour votre monde, narra Dazir. La folie s’abattra sur votre monde, vos venues permettent aux morpheus de se nourrir, car oui, ils survivent grâce à l’énergie de chaque somme. Ensuite, ils soufflent un vent qui nous affecte tous les Igaesiens.
- Ah, pigé ! D’où la nécessité de protéger ces arbres, réalisa Favel.
- Dis donc, t’es un petit génie toi ! plaisanta Quilys.
Puis ce fut l’heure pour lui de repartir pour Gaïa. Favel serra la main de Dazir, qui eut un malin plaisir à lui donner une poigne puissante. Alors qu’il se dirigeait vers Quilys, elle recula.
- Tu m’en veux toujours ? Quoi ! Mais, qu’est ce que je t’ai fait ! s’énerva t-il.
En signe de désappointement, elle souleva légèrement sa lèvre du côté gauche puis répliqua sèchement :
- Non, je viens avec toi.
Favel s’empourpra et secoua ses doigts nerveusement. Il ne pouvait se résoudre à emmener avec lui une créature comme celle-ci. Mieux valait pour elle qu’elle reste en sûreté ici. Le paysage néanmoins devint flou, la main saluant les voyageurs se figea ; c’était ainsi que Quilys partit vers un nouveau monde. Pendant toute la traversée, elle mordit le pantalon de Favel pour ne pas se perdre dans la spirale. Le pantalon ne se déchira pas, mais Favel sentit la pression s’intensifiait et ses pieds s’alourdirent. Rien à dire un passager en plus le rendait beaucoup plus lourd. Il tourna la tête et ce qu’il vit le remplit d’horreur.
Autour d’eux, le décor de la chambre de Favel se reformait. Aux pieds de Favel dormait une femme endormie… Seuls ses cheveux blonds cachaient sa nuque et encore pas entièrement. Lentement, il se dégagea et s’exila à l’autre bout de la chambre. « L’horreur, une femme toute nue dans ma chambre… Bon sang, il aurait pu me le dire Dazir que le voyage aurait ce petit inconvénient… « . Des gémissements lui indiquèrent que sa scramp revenait à elle, il sentait que c’était Quilys sans pouvoir expliquer pourquoi. «  Pitié qu’elle ne vienne pas me trouver… «  Un meuble en bois les séparait. Constatant qu’il n’y avait plus personne à ses côtés, Quilys eut peur et voulut se lever pour trouver Favel. Elle voulut se déplacer comme à Igaesia et rampa ou plutôt roula du lit pour s’écraser au sol. Oubliant sa gêne, Favel vint à son secours. Lorsqu’il l’aida à se redresser, il retrouva dans son visage certains traits de la créature qu’elle était.
Dans ses yeux sommeillaient deux disques jaunes entourés d’une lune verte, son visage maigre s’étirait imitant un nez oblong qui donnait à tout cet attrait un certain côté de sagesse. Pour ce qui était du bas, il ne se risqua pas à regarder. Il était subjugué par cette mutation, tandis que Quilys rassemblait ses esprits et ne parvenait pas à faire une phrase compréhensible. Dans l’agitation qui malmenait l’atmosphère, il lui trouva un jean, un slip, et un haut blanc.
- Pour le soutien-gorge… Favel toussa pour masquer son trouble. Je crois qu’il ne te faudra pas grand-chose.
Il mit les mains devant sa bouche, comprenant l’offense qu’il avait formulée à son encontre. Comme Quilys ne connaissait encore rien, elle ne répondit rien cependant, suspecte, elle demanda si ce détail était crucial.
- C’est surtout que ce serait plus agréable pour toi… évoqua Favel. Ah oui, quand on sortira, je sortirai avant et tu fermeras la porte d’accord ?
- Tout cela parce que tu veux pas qu’on me voit…
- Essaie de comprendre un gars et une fille qui ont dormi ensemble, essaie d’expliquer Favel.
- Aaah c’est bon garde tes images de pervers pour toi ! s’exclama Quilys.

Les joues de Favel devinrent rouges car en cet instant il revoyait Quilys toute nue. C’était pire qu’un cauchemar. Sous la douche, quand elle se mit à chanter, sa voix paraissait être un long miaulement affreux. Sur le chemin, il avait dû la prévenir de tous les dangers de la ville pour ne pas qu’elle s’enflamme pour rien. Madame avait insisté pour se rendre à l’université. Une mule n’aurait pas été plus obstinée qu’elle. Elle sentait qu’il n’était pas en sécurité et elle voulait le protéger.
- Tu sais, la vie d’un étudiant n’est pas toujours périlleuse… remarqua Favel.
Quilys marchait en prenant soin de ne pas tomber du muret où elle progressait. Il arriva avant elle et la regarda s’avancer comme un père voit évoluer sa fille. Pour descendre, il lui tendit la main qu’elle prit en souriant. Le premier cours de ce vendredi portait sur l’Antiquité, sur le conflit qui opposa César à Pompée. Ce cours était pour Favel une source de plaisir inépuisable, il extrayait de ces leçons des images du passé qui le ravissait. Le professeur lut à haute voix des lois romaines sur l’empire qui s’était crée à partir de cette date.
-  La nécessité d’unifier l’empire fut pour César une priorité. Bien qu’il le déclame dans son livre agir sous le devoir de l’empire, nous ne devons jamais oublier qu’il était un homme avant tout, continuait Monsieur Ruilez. C’est d’ailleurs par un facteur purement humain qu’il connut la disgrâce. Quelqu’un saurait-il me dire l’événement célèbre associé à sa mort ? Oui, vous Favel dites nous.
Comme le voulait l’usage dans l’université, il se leva de sa chaise pour s’adresser à tout le monde. Sa voix mettait en évidence une passion pour le conquérant qui se passait de tout commentaire. Cette période historique était la meilleure corde à son arc, souvent il engrangeait des points par sa participation.
- Il s’agit bien sûr de l’assassinat de César par son fils Brutus, fils adoptif de l’empereur qui fomenta avec l’assistance du sénat un complot. La légende veut qu’il ait succombé après avoir reçu 100 coups de poignard. César était un homme brillant dans ses stratégies, par lesquelles il avait eu toute la confiance du peuple en particulier de son armée en tant que général, Favel reprit sa respiration puis conclut son exposé. Il n’aurait pu supporter ce que la légende lui a fait endurer, ce qui prouve que même après son départ il restait encore beaucoup de rêves en l’empereur.

Visiblement convaincu, le professeur hocha la tête, remercia l’étudiant en précisant que ce fait avait eu lieu en 44 avant Jésus Christ. Il nuança sur le fait que César avait eu beaucoup de gens à le soutenir, même après sa mort. Trop de personnes tenaient à la République, ce que ce personnage mythique ne voulait en aucun cas maintenir conformément à ce qui avait été préétabli. Néanmoins, il accorda des points bonus à Favel pour sa tentative. Son crayon glissa sur la feuille d’émergement, sa main décrivit des caractères juste à côté du nom de Favel : deux plus pour cet essai. Monsieur Ruilez voulut reprendre, mais une voix l’interrompit :
- Les rêves ne sont-ils pas, ne vous en déplaise monsieur, intimes et non collectifs…
Personne encore dans son cours n’avait tenu de tels propos, il chercha l’origine de cette idée. Une jeune femme était assise à côté de Favel, elle avait le port de tête assez bas mais suffisamment élevé pour que sa parole soit entendue.
- Les rêves sont individuels, ils apportent ainsi au collectif leurs couleurs et leurs forces.
- Vous n’avez rien d’autre à ajouter, mademoiselle… mademoiselle….

Les jambes de Favel frétillaient tels des saumons voulant quitter leur mare, il donnait des cours de coude mais Quilys ne répondit rien au professeur. Il reprit comme si rien ne s’était passé. Faire partager son prénom n’était pas dans l’usage d’Igaesia et même si, à midi devant une assiette de spaghettis Favel tentait de la convaincre, elle ne se départit pas de ses principes. Son identité ne serait partagée qu’avec des gens de confiance. Elle faillit s’enfuir lorsque revenant de sa réunion Uthiel accompagné de Tanith voulurent se joindre à eux ; Favel fit les présentations. Les amis Gaïens s’échangèrent des propos, tandis que Quilys restait à part.
- Fatime veut faire un tour en ville après les cours, cela vous branche ? dit Tanith.
- Désolé, mais Favel a quelque chose de prévu ce soir, réagit Quilys sans s’encombrer de l’avis de Favel.

Encore sous le choc, Favel la regarda. « Qu’a-t-elle à présent ? Veut-elle prendre les commandes de ma vie ? ». Il ne voulut pas révéler à tout le monde la rudesse de ses propos et attesta qu’ils devaient parler de leur exposé. Comme Quilys était nouvelle, elle devait intégrer un groupe et pour qu’elle soit le plus à l’aise autant que ce soit avec des personnes qu’elle connaissait. La raison semblait être bien ficelée jusqu’au moment où, sortant de la cafétaria, il vit sur l’autre trottoir une personne familière. Ses doigts devinrent ardents, Favel serra son poing pour qu’aucun feu ne s’échappe de la colère qu’il s’apprêtait à déverser. La tension fut forte, et tout ce qu’il prononça avant de traverser la rue fut : « attends-moi à la résidence Quilys ! Bonne journée vous autres ! J’ai quelque chose à faire !. »
Les bras imitant un pendule, il s’élança vers Arthur sur l’autre trottoir. Aucune voiture n’entrava son périple tant et si bien qu’il parvint très rapidement près d’un homme de corpulence moyenne qui regardait attentivement le plan des bus. Ce qu’il ne savait pas c’était que sa scramp avait suivi sur ses pas. D’un ton calme, il aborda Arthur comme si rien n’avait motivé cette rencontre.
- Salut Arthur, tu cherches quoi comme ligne ?
L’interpellé se retourna sans que rien sur son visage ne dénote son appréhension. Une femme plus petite que Favel affichait deux petits yeux brillants suspicieux, il ne l’avait jamais aperçue et se focalisait sur elle, alors qu’il répondait à Favel.
- La ligne 7, je vais rendre visite à une amie qui habite en périphérie. Et toi qu’est-ce qui t’amène ? Pour l’exposé, je pensais t’envoyer un mail ce soir pour qu’on se voit ce week end .
- Tu as travaillé de ton côté ? J’ai fait des recherches sur des points qui me semblaient importants mais c’est encore assez survolé…
Arthur se décrispa et d’un coup, ce soulagement se vit comme un nez rouge en plein milieu de son visage. Il avait travaillé à la bibliothèque du centre-ville et avait sorti des livres, qu’il n’avait pas entièrement parcourus. En revanche, il avait labouré tout le périmètre d’internet et avait rassemblé les chaînes essentielles de leur présentation. D’après ce qu’il disait, il semblait avoir un ensemble plus solide et plus cohérent que Favel. Quelque part rassuré, Favel lui témoigna une franche reconnaissance, mais le sujet qui fâche se devait d’intervenir. Sur l’autre trottoir entre temps, Tanith et Uthiel avaient pris le métro en riant de cette nouvelle avec qui Favel s’était spontanément associé.
- Pourquoi tu m’as poussé dans le vide ? Bon… je me suis dit que c’était peut-être un accident, mais tu semblais si étrange ce jour-là, évoqua Favel.
Comme pour renforcer le discours de Favel, Quilys hochait la tête pour confirmer ces paroles. Elle attendait avec une certaine impatience la réponse, elle voudrait qu’il soit un détracteur pour pouvoir lui régler son sort. La vengeance serait ainsi expirée de la prison dans laquelle elle l‘avait mise voilà trop d’années.
- J’étais inquiet, répondit Arthur, comme une parole apprise par cœur. Oui, j’étais inquiet pour notre exposé, je voulais qu’on le travaille.
L’étonnement jaillit comme une braise dans le cœur de Favel, qui cette fois-ci explosa :
- Alors pourquoi, tu n’as rien fait quand nous avons failli nous tuer sur le pont ! Tu as failli me tuer ! Si Aristine ne m’avait pas sauvé, j’aurais certainement…
-… atterri contre le sol comme une crêpe, compléta Arthur.
Les lèvres de Quilys ne s’animaient que pour se plisser devant le prodigieux effort, qu’elle devait fournir pour ne pas mettre les pieds dans le plat. Alors de temps en temps, elle laissait le soin à son regard d’observer les alentours, pouvant ainsi vérifier si cette conversation était suivie par d’autres.
- Oui, exactement ! Alors qu’as-tu à répondre à ça, continua Favel sur la même corde toujours inexorablement tendue vers le coupable tout désigné.
- J’étais parti chercher du secours, mais lorsque je suis arrivé, tu n’étais plus là, expliqua Arthur.
- Et si je m’étais cassé la figure, je serais mort ! vociféra Favel hors de lui.

L’échange dura le temps qu’il fallut à Favel pour se reprendre de cette mésaventure, puis finalement il fut décidé qu’ils allaient travailler l’exposé toute la soirée. Leurs travaux individuels se complétèrent sans problème, ils purent sans peine répéter tous les trois, avant qu’Arthur quitte la chambre de Favel. Quilys avait rendu mal à l’aise Arthur, qui ne trouvait nul endroit pour se dérober à la vision de la scramp. Il avait essayé d’engager une discussion avec cette dernière, elle était demeurée aussi ferme que pouvait l’être une plaque d’acier et avait gardé cette vigilance dérangeante. Lorsqu’Arthur eut quitté la pièce, Favel se pencha à la fenêtre pour vérifier le moment où il traverserait la rue. La scramp se moqua de son attention exacerbée, mais il lui fit remarquer qu’elle n’avait pas été la dernière à éprouver cette sensation.
Avant de se rendre à Igaesia, Favel n’oublia de parler avec quel manque de savoir-vivre, elle l’avait traité aujourd’hui. Quilys fit la moue, puis s’en enroula dans son sac de couchage. Elle avait fermé les yeux, ses jolis yeux d’or, mais Favel la regardait encore comme pour profiter de cette image. «  Elle est assez mignonne sous cette forme, pourquoi faut-il qu’elle devienne cet espèce de monstre ? «  Assis dans son lit, il aperçut les socquettes blanches qui pendaient sur une chaise. « Il faudrait que l’on profite d’aller au supermarché pour acheter des sous-vêtements demain ». Favel avait toujours vécu les relations filles garçons sans difficulté, mais là il devait apprendre les usages féminins à une fille. «  Normalement, elles s’éduquent toutes seules, il n’y a pas besoin de leur apprendre à mettre un soutien-gorge, non ? C’est instinctif ou presque… non ? » Sur ces pensées, il céda le passage à l’Igaesia. Quilys était déjà arrivée, elle lui envoyait des regards malicieux :
- J’ai senti que tu m’avais observée…
- Je voulais m’assurer que tu étais bien à ton aise…
Elle se lécha, puis répondit en riant :
- Tu sais c’est pas la première fois que je dors par terre, pour moi cette couverture c’est du luxe !
-Ahhh, dit Favel confusément, tant mieux alors…

La maison en pierre était vide, ils le constatèrent assez vite… Quilys avait déjà remarqué que Dazir n’était pas dans sa cuisine. Ils décidèrent en l’attendant de s’entraîner à jeter des sorts coordonnés. La scramp confia à son maître, que les sorts s’apprenaient dans ce monde pour pouvoir s’exercer où que ce soit en Igaesia ou à Gaïa, c’était la même règle. Favel repensa qu’il n’avait pratiqué qu’un seul élément, il était curieux de connaître tous ses talents… Sa magie dans ce monde était décuplée, il s’étonna de ce prodige.
- Tu t’es entraîné et avec l’aide du morpheus ta magie ne peut être qu’amplifiée. Lorsque tu es à mes côtés, ta magie est augmentée…
L’attention de Favel se figea, il sentait qu’il allait en apprendre davantage sur sa condition. Quilys remarqua cette impatience, pour le narguer et pour ménager le suspense elle parla très lentement à moins que ce soit pour que Favel suive son raisonnement. Jamais, il ne sut la raison de ce débit et à vrai dire, cela ne l’aurait pas gêné.
- C’est grâce à moi si ta magie a pu se réveiller, et c’est grâce à moi qu’elle peut à présent évoluer. Sans moi, niveau magie tu peux te débrouiller, mais tu ne pourras pas progresser. Sans toi, je ne peux pas progresser non plus, nous sommes avant tout un couple… enfin un duo.
Elle détourna la tête puis ajouta :
Aucun sous-entendu derrière ce que je viens de dire, ok ?
Alors finalement on dirait que je t’énerve moins, charria Favel.
- Ben, faut bien qu’on s’entende un minimum pour notre mission ? Tout cela n’est que professionnel… Ne te fais pas d’idées sur moi ! Surtout pas ! Accentua Quilys.
- Les scramps sont destinés à servir non à recevoir, c’est bien cela professeur, remarqua une arrivante que personne n’avait remarqué.
Dans une longue tenue beige légère, une femme élancée riait depuis le perron de la maison. Lorsqu’elle sauta de la petite estrade, ses souliers atterrirent dans un bruit assez prononcé. Elle s’avança vers eux, pour leur demander ce qu’ils faisaient là. Le radar de Quilys était en pleine activité, campée dans une position de défense, elle regardait cette femme qui n’était autre qu’Aristine.
- Alors tu t’es remis de ta chute, tu nous as faussé compagnie avant que j’ai eu le temps de te parler…
- Comment nous as-tu trouvés ? coupa Quilys.
- C’est vrai que cette vallée est peu fréquentée… et seuls ceux qui y sont invités la trouve sans peine… ou alors ceux qui se perdent dans la lande, commença à se méfier Favel.
La suspicion brûlait leurs sens d’autant que l’inconnue s’offrait le droit de ne pas répondre correctement à leurs interrogations.
- Alors tu sais faire du feu, veux-tu que je t’aide à maîtriser un autre élément ?
- Comment savez-vous que j’étais un doxien ?
- Tu sais ce que j’aimerais… Un combat contre un doxien, c’est mon rêve depuis un bon moment ? Me ferais-tu cet honneur ?
Son doigt sur la lèvre, elle le regardait songeuse. « Elle m’analyse comme Dazir la première fois… c’est étrange ».
- Alors quelle est ta ou plutôt votre réponse, car vous allez sans doute combattre ensemble. J’avoue que j’ai eu le temps de maîtriser mon pouvoir, conseilla Aristine.
- Bien sûr ! s’enquit Quilys.
Ce combat présentait tous les traits d’une lutte reportée et qui devait se conclure. Il fallait qu’il y ait un dénouement, sinon cela en deviendrait ridicule…
« C’est vrai, c’est notre premier combat… Elle a l’air si sûre d’elle, cela fait presque peur ». Favel chercha si un scramp l’accompagnait.
- Pourquoi veux-tu te battre seule contre deux personnes ? demanda Favel. - La dernière fois… ta sramp a combattu seule, considère cela comme un certain équilibre, répliqua rapidement Aristine. Commençons !

Favel mit ses bras le long du corps tandis que son adversaire plaça son bras gauche contre son corps et le bras droit dans sa direction. Quilys se plaça devant Favel dans un claquement d’ailes.

Elle avait deviné sa nature, pendant son absence, il trouva ce détail assez comique. Quilys traçait dans la poussière des sillons nerveux pour montrer qu’elle était prête à affronter cette épreuve. Elle sifflait un langage incompréhensible que Favel devina être un chant d’encouragement.
- Je vous fais confiance pour m’éblouir, nous combattrons jusqu’à la mort…
- De… de… jusqu’à… Pourquoi ? Favel s’étouffa devant cette nouvelle consigne extrême.
- Aie confiance Favel, Morpheus nous protégera ! C’est la coutume lorsque deux Igaesiens ne se connaissent pas de combattre jusqu’ à ce que la mort survienne. Les techniques de combat renseignent beaucoup sur la personne, c’est essentiel, expliqua de manière peu distincte Quilys.
Chacune de ses paroles se faisait happer par une rage étonnement élevée chez un si petit animal.
- Tous les coups sont permis bien sûr, ce n’est pas un duel officiel après tout…
La voix de Quilys avait eu le pouvoir de renforcer l’assurance de Favel. Etait- ce un bien ou un mal, il n’en savait rien. Il serra un bracelet, le seul bijou qu’il portait et dont il ne pouvait jamais se séparer. Deux larges anneaux dorés décoraient son poignet gauche.
Contrairement à ce qu’elle avait dit, Aristine n’attaquait pas… Favel essayait de saisir le sens de cette attente, les réflexes de Quilys l’emportèrent sur le reste. Elle déploya ses ailes blanches, son corps comme un fanion se retrouva propulsé. Elle raidit son corps, de sa gueule s’échappa une boule de feu de maigre consistance. Aristine fut prompte à réagir, elle envoya deux feuilles de palmier sur les flancs de Quilys. Voyant qu’Aristine cherchait à faire dévier Quilys, Favel pensa à toutes ses rancœurs, ses échecs. Il essaya de les ranimer pour faire naître en lui de la colère suffisamment puissante. Pendant ce temps, Aristine envoyait promener sa scramp à gauche à droite comme si elle jouait au badminton.
Les trajectoires de Quilys à force d’être réitérées se faisaient moins précises, elle écumait tant cet exercice la fatiguait.
Tu m’aides quand Favel !
Attends, ça arrive ! répondit le concerné.

Une sphère de feu tournoyait dans sa paume, il la contempla avant de la lancer vers Aristine. La femme sourit, elle lança une multitude de feuilles pour projeter la sramp contre la boule. Quilys se plia pour devenir minuscule, mais ne put éviter complètement le sortilège. Ses plumes se retrouvèrent carbonisées. Remarquant le dommage, elle prépara un atterrissage un minimum contrôlé. Contrainte de ramper, elle attendit le signal de Favel pour tenter une nouvelle percée.
- A mon tour, répliqua Aristine.
Elle créa une plate forme végétale sur laquelle elle sauta. Le tapis de feuilles s’éleva pour faire un assaut vers Favel. Il garda son calme, réactiva toute sa colère et lança une boule de feu vers l’embarcation d’Aristine. Elle fit une pirouette et se retrouva contre Favel. Il ne voyait plus qu’elle, et ne faisait plus attention à la double action que menait son assaillante. Les mains derrière le dos, elle ranima des feuilles pour qu’elles entourent et étouffent Quilys. La scramp, alors qu’elle accourait, fut arrêtée. Elle se tordait de douleur, persifflait, mordait, déchiquetait les feuilles de petite taille. Sa respiration supportait de moins en moins toutes les feuilles qui la comprimaient. Elle jugea bon de crier tant qu’elle était capable.
Favel !!!! Derrière…
Favel tourna la tête, Aristine en profita pour sortir de son étui son arme, un couteau recourbé à son extrémité. L’arme lui avait été confiée par son maître depuis sa naissance, elle portait ses initiales sur la lame. L’acier avait été formé par la main experte de sa mère, qui y avait fait graver un œil larmoyant. A rebours, Favel entendit un léger coulissement, il esquiva l’attaque et hurla :
- Pattes de feu, Quilys accroche toi !
La scramp, dont le souffle se raréfiait, vit quatre pattes enflammées apparaître et incendiait les nervures de sa prison végétale. L’air lui arriva dans les poumons comme un coup d’enclume, elle hurla, puis courut vers Aristine, qui se retrouvait piégée entre deux personnes. Elle décida néanmoins de tenter une offensive contre Favel, qui bien que doté du pouvoir igaesien, restait désarmé face à elle. Elle tournoya sur elle-même, des feuilles accompagnèrent sa danse jusqu’à former un bouclier de vent et de feuilles. Favel ne comprenait pas comment contrecarrer cette attaque.
- Essaie de percer Favel, ne reste pas planté ! s’exclama Quilys.
Mais avant que la renarde serpentine ne parvienne vers eux, Aristine était déjà contre Favel. Elle l’avait plaqué au sol, puis elle se mit à rire et remit au perdant un baiser. Les yeux de Favel roulèrent, mais les feuilles le condamnaient à l’immobilité.
- Sale…. Laisse-le ! hurla Quilys avant de se jeter sur elle.
Les pattes de la scramp brulèrent le dos d’Aristine, qui surprise lâcha son emprise sur Favel. Quilys la bouscula pour donner un moment de répit à Favel. Elle roula au sol, Quilys s’acharna contre elle, la mordit, puis lui lança une boule de feu en plein cœur. Le visage d’Aristine perdit ses couleurs, devint sombre, puis se noircit à vue d’œil et lorsqu’il fut totalement sec, il se dissipa en poussière. Elle eut le temps d’articuler « Jolie prouesse, jamais je n’aurais pensé… Nous nous reverrons ! ». Elle disparut dans une rafale, dont la violence renvoyait à l’acharnement, dont chacun avait su faire preuve.
- Pourquoi l’avoir tuée ?
- C’est la coutume, ne t’inquiète pas, elle s’est réveillée dans votre monde, morpheus la réincarnera, répondit Quilys.
Ses nouvelles pattes perdirent leur flamme rouge pour revêtir une pâleur bleutée, elles ne disparaissaient pas. Bien que Favel n’admette pas que l’on commette des meurtres gratuits, il ne fit aucune remarque. « D’un côté, elle n’est pas morte, c’est comme si je l’avais mise K.O. »
- Comment as-tu su que tu pourrais me jeter un tel sort ?
- Quoi tu veux dire pour tes pattes… J’ai pensé que tu devais en avoir marre de jouer la serpillère, se moqua Favel.

Quilys se jeta sur lui et fit mine de le dévorer, mais elle lui lécha le visage. Elle savait qu’il avait ardemment désiré quelque chose et que c’était ce vœu qui avait motivé cette mutation. Comment lui dire que dans ce monde, les rêves régissaient beaucoup de choses et qu’ils pouvaient intervenir dans de rares occasions. Cette rare occasion, il lui avait offerte. Pendant un instant toute cette émotion contenue se volatilisa, Quilys se roulait contre lui comme l’aurait fait un chaton. Elle sentait qu’il avait voulu la protéger même en maniant quelque chose qu’il ne connaissait pas.
Fais attention la prochaine fois, la magie peut être traitresse.
A ses côtés, elle s’apaisa alors qu’il lui massait la tête tendrement. Il se rendit compte de ce qu’il faisait, mais n’osa pas repousser Quilys, qui s’était déjà endormie tout contre son épaule. Soudain, les deux ne firent plus qu’un seul et même ensemble. Ils retournèrent tous les deux vers Gaïa.
Une lumière très discrète frappa les yeux de Favel, qui sortit du lit en prenant soin de ne pas réveiller Quilys. Elle était toujours sur son matelas dans son sac de couchage, comme si rien ne s’était passé durant la nuit. Son pyjama dévoilait le haut de sa nuque qui se finissait par la pointe assez prononcée de son épaule. Tranquillement, Favel voulut remonter la couverture, pour qu’elle ait chaud. Elle gémit, mais apparemment ne se réveilla pas. Il se dirigea ensuite vers la cuisine pour préparer un bon petit-déjeuner, un de ceux digne d’un bon week-end en perspective. La bouteille de lait avait une drôle de tête, quand il la huma, il grimaça en laissant échapper un cri d’écœurement. « Même le parfum des toilettes sent meilleur… » Un homme traversa la cuisine, alors qu’il déversait le lait caillé dans l’évier. Le locataire fixa Favel intensivement, ce qui n’empêcha pas ce dernier de poursuivre son action et de partir sur un « bonne matinée ! ».
Sur le chemin de sa chambre, il songea à cette odeur infecte qu’il avait laissée derrière lui. « Bof, lui quand il fait la fête… c’est fort agréable aussi ». Cette excuse pallia la mauvaise conscience que le jeune homme de toute manière n’était pas disposé à ressentir. Il voulut jouer un bon tour à Quilys, il abaissa la poignée avec son coude et brailla :
- Petit déjeuner pour Madame !
La dame préposée était assise sur une chaise près du bureau et était en train de déguster un verre d’eau avec des yeux éclatants de forme.
- Dis-donc, tu en as mis du temps !
Favel releva ses sourcils complètement désappointé. « J’y crois pas, je suis sûre qu’elle n’était pas endormie »
- Je vais te tuer !!!
- hahaha, ah oui ton lit, je l’ai fait. Ces choses-là, faut pas les laisser traîner, sinon ça encombre.
La main de Quilys courut sur le bureau pour saisir un papier, elle l’observait en hochant la tête. Favel intrigué par cette attitude crut que ce document avait une quelconque valeur. Il ne posa aucune question, mais chercha à le récupérer. Une fois qu’il eut sa liste de course entre les mains, il poussa une petite colère dont Quilys s’amusa beaucoup.
La brioche fondait dans la bouche, une gourmandise de palais délicat offerte à tous. Toute chaude, elle affuta l’appétit de la jeune femme qui en demanda davantage. A titre de galanterie, Favel l’envoya acheter une baguette fraîche, car « elle avait faim », disait-il.
Enfin seul dans sa chambre, il s’allongea à l’intérieur de son lit. Depuis sa couche il regarda la vaisselle briller au soleil sur la table. Le plafond blanc lui paraissait être une toile qu’il aimerait peindre de doux reflets, qu’il pourrait contempler depuis cette position agréable. Il ne se rendit pas compte du temps qui s’était écoulé, lorsque Quilys reparut, il était toujours dans cette posture, allongé une jambe pliée, l’autre tendue. Il dévora la baguette avec la jeune fille, puis ils allèrent à la douche un par un. Favel avait encore très peur qu’on les voit ensemble, cependant il envisagea une journée dans sa tête, quand l’ondée lui parcourait le corps. La porte s’ouvrit, il reconnut la serviette de bain qu’il avait prêtée à Quilys. « Ah oui, il faudra passer à la lingerie pour elle, va falloir prendre des mesures… Encore un truc qui va me mettre super à l’aise ».
- Oublie pas de fermer la porte, Quilys ! dit Favel.
Il se maquillait de bulles rosées dégageant une odeur de lavande qu’il affectionnait particulièrement. La voix de Quilys manquait à l’appel, ce qui rendit Favel embarrassé.
- Quilys, c’est toi ? demanda –il.
- Non, c’est Kurt, répondit un homme.
- Désolé, je ne savais pas…
- Oh… ce n’est pas grave. Moi aussi, j’aime bien mon intimité. Bon, Cathie, tu te grouilles ! cria Kurt dans le couloir.
- Oui, c’est sympa… sourit Favel.
Contrairement à la crainte de Favel, ils furent très silencieux. Il ne prêta pas même attention à Quilys qui prit la cabine d’à côté. Il sortit, serviette serrée, puis traversa furtivement le couloir. Beaucoup disent que ceux qui se promenaient torse nu n’avaient aucun complexe, c’est une erreur. Favel se hâtait de rejoindre sa chambre avec ses quatre murs cloisonnés pour se changer. Rangé entre deux encyclopédies, exhibé entre deux étagères séjournaient son jean roulé en boule ainsi que à deux pas sur le lavabo sa chemise jaune. « Depuis qu’elle a emménagé, je ne suis plus un homme… » Cette pensée le fit sourire alors qu’il ramassa ses chaussettes de la chaise. Il avertit Tanith, comme Uthiel était absent qu’il ferait un tour en ville. Son ami devait passer un examen pour rentrer dans sa filière de médecine. Il pourrait s’atteler à ses études.
Aucune photographie ne prenait place sur ses rayons, aucun souvenir… Surtout ne jamais se rappeler, ne jamais se rattacher à quelque chose qui ne nous appartient qu’en apparence, car il n’est déjà plus. Rien ne nous appartient hormis les présents de la terre et tels sont les seuls temps à conjuguer. C’était toujours le principe, qui modelait la vie de Favel. Certaines personnes pouvaient trouver cette chambre peu individuelle, cela l’arrangeait, il ne la voulait pas individuelle. Il fallait qu’elle soit à l’image de son monde, c’était à dire sans forme, sans fond mais non déniée de couleurs.
- Me voilà ! S’époumona Quilys ravie.
Favel se détacha de toutes ces pensées pour se pencher vers la nouvelle arrivante. Une serviette entourait un corps encore tiède, ses cheveux paraissaient être du foin fauché dont les fétus se battraient sur le sommet du crâne de la jeune fille. Favel sourit ce qui eut le mérite de faire froncer les sourcils de Quilys, le comique de la scène. Uthiel les attendait sur les marches de l’escaliers au rez de chaussée. Il rajouta que Tanith ne pouvait pas venir pour cause de révisions intensives.
- Mais, à mon avis il s’agit plutôt de sieste compensatrice, dit Uthiel. Je ne vois pas Tanith travailler comme une malade.
- Non, elle travaille ces livres pour décortiquer une vérité que nous, esprits faibles ne parvenons pas à saisir, prononça Favel d’une voix d’orateur.
La vue d’une Tanith se balançant sur de la musique techno dans ses tee shirts flashy surgit à l’esprit de Favel, qui devinaient au regard d’Uthiel qu’il avait la même pensée. Ils passèrent une après-midi à flâner en ville jusqu’à ce que Quilys voit une lanière de cuir dans une vitrine. L’objet qu’elle convoitait était un bracelet pour nouer autour du cou avec un petit fermoir argenté. Quilys demanda à ce que Favel lui procure ce bijou à ses yeux. Vu toutes ses dépenses, il s’y opposa fermement en pensant que cela lui donnerait l’air d’un chien. Quilys baissa les yeux tristement. C’est vrai que dans son monde tout était plus simple ! Elle ne pouvait pas vraiment s’habiller chic etc… Alors que Favel allait céder, Uthiel avait déjà le collier en disant que pour un thérice, c’était donné. Uthiel lui mit au cou, un clic survint suivi d’un remerciement des plus sincères de Quilys.
De la part d’Uthiel c’était inhabituel, il avait toujours été un peu radin. Favel savait qu’il avait vécu des choses qui faisait qu’il était assez près de ses sous. Il n’était pas quelqu’un d’économe, il était plus que cela. Il ne s’autorisait aucune sortie, rien qui coûterait et sortirait du cadre de ses études. Néanmoins les vêtements qu’il portait étaient souvent très recherchés.. Lui et Favel avaient toujours eu l’habitude de se coiffer puis de remettre en bataille leurs cheveux. Ne mettant jamais de crème solaire et ayant la peau sensible, la peau d’Uthiel était inégalement balzanné et contrastait beaucoup avec ses yeux bleu ciel. Aujourd’hui ses yeux s’éclairaient, il était heureux. Ce n’était qu’au magasin de lingerie féminine qu’Uthiel se confia :
-- Elle m’a dit son prénom, ça me touche…. C’est un de ces principers et elle l’a brisée pour moi.
- - Tu en penses quoi de son prénom ? sourit Favel.
Par cette question, il prit un air faussement innocent. Il voulait connaître les intention de sa scramp.
- Lyse, bon je dirais que j’en connaissais pas encore… affirma Uthiel en lorgnant une caissière plutôt séduisante. Contrairement à ses collègues, elle était vêtue d’un tailleur gris accompagné d’une mini-jupe. L’assemblage hétéroclite avait le mérite d’attirer l’œil de l’ami de Favel.
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